Mes Frères,
A l’époque de la Révolution française Kant était interpellé sur ce qu’étaient « Les Lumières ». Dans sa réponse, sur laquelle chacun d'entre nous devrait méditer, il évoquait le rôle de la philosophie qui était de s’interroger sur l’actualité et de définir les pistes qui permettaient au sage de peser sur le présent et sur l'évolution du monde.
Et puisque j’ai usurpé à Michel Foucault le titre de cet article, rendons lui les honneurs qui lui sont dus puisqu’il s’interrogeait sur la relation entre le Savoir et le Pouvoir.
Ces deux parallèles nous interpellent sur notre responsabilité individuelle en tant que Frère au sein de notre Obédience.
La conscience naît de la connaissance, et l’action découle elle-même de la connaissance. Accepter de savoir et ne pas en tirer des conséquences en termes d’actes relève immanquablement de la lâcheté ou du désintérêt.
Du point de vue du savoir, le 4 décembre dernier a sonné comme un moment fondateur et rassembleur.
L’information portée à la connaissance de tous les Frères de la GLNF sur cette session dramatique et pitoyable du SGC, par la presse d’abord puis depuis le début de l’année par les blogs Myosotis, a crée une véritable rupture par sa force d’étonnement et de dévoilement. Elle nous a tous obligé à affronter de face ce que l’on ne voyait pas, à voir ce que l’on ne voulait pas voir, ou ce que l’on pressentait sur le fonctionnement de notre Obédience et sur sa nomenklatura mais que l’on préférait ignorer pour soi-disant privilégier le travail en Loges.
Contrairement à ce qu’a écrit Monsieur Stifani dans sa dernière lettre aux GGMMPP, jamais les Frères n’ont été aussi bien informés qu’aujourd’hui sur le fonctionnement de la GLNF et sur ses dérives.
A travers l'acharnement des Myosotis à dévoiler l'envers du monde des puissants et des arrogants, celui où les métaux, la cordonite et les prébendes sont devenus les seules valeurs reconnues au détriment de la recherche de soi et de la sagesse, c'est un idéal, à la fois maçonnique et démocratique, qui est porté sur le devant de la scène.
C’est d’ailleurs ce qu’a reconnu formellement le rapport de la soi-disante « Commission Nationale de Conciliation » dans son travail d’ailleurs totalement unilatéral : « De plus l'utilisation des nouvelles technologies de l'information, dont les blogs, a fait émerger chez de nombreux frères confrontés à la découverte de dérives inadmissibles un questionnement légitime malheureusement pollué par de véritables manipulations de l'information facilitées par le sentiment d'impunité de leurs auteurs ».
LA CNC rend ici de facto hommage au travail d’information qu’ont effectué tous les Myosotis. On regrette bien sûr la mention de manipulation qui est évoquée. Et sur ce point précis il convient de rétablir la vérité.
Les Myosotis sont issus d’un sentiment profond de la base des Maçons, entériné par le rapport de la CNC, et bien éloignés de tous jeux ou de toutes logiques de pouvoir. Les Myosotis ne se sont accordé que le rôle qu’évoquait Charles Péguy : «Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste»: Même si cette vérité est déreangeante, voir insupportable pour certains. Il rajoutait dans les Cahiers de la Quinzaine du 5 janvier 1900, sans concession aucune: «Taire la vérité, n'est-ce pas déjà mentir?».
Et c’est cette « vérité triste » qui a fait que les représentants des Loges se sont massivement élevés le 25 mars contre un système de pouvoir qui a bénéficié jusqu’à présent de l’absence de tout contre-pouvoir. Et c’est ce sentiment de révolte contre les dérives et les abus portés au grand jour qui a généré l’exigence démocratique, l’exigence de pureté et l’exigence de transparence que l’on constate aujourd’hui.
Et c’est cette même vérité triste qui, malgré les pitoyables efforts des medias à sa botte, pousse l’actuelle direction de notre Obédience dans un combat dérisoire et perdu d’avance, car les informations dérangeantes et indociles relayées par les Myosotis ne peuvent plus être étouffées, tues ou tronquées. Et cette information, rendue accessible à tous, conduit inévitablement à un désaveu total des hommes "aux affaires", comme il est d'usage de le formuler en politique, et à une demande répétée de démission du Grand Maître actuel et de toutes les équipes dirigeantes. Cette information les élimine d’office pour participer de près ou de loin à toute tentative de refondation de notre Obédience car leurs dérives constatées sont effectivement inacceptables.
Ceux qui ont osé se lever le 4 décembre, relayés ensuite par l’action des Myosotis, issus faut-il le rappeler d’un mouvement spontané de la base et indépendant de FMR, ont permis une ouverture historique. Celle de procéder à une véritable refondation de notre Obédience pour la remettre en accord avec ce que sont les véritables idéaux maçonniques.
Il y aura à n’en pas douter des débats sur la personne capable d’incarner le prochain Grand Maître et sur l’équipe à même de conduire cette refondation. Car il faudra bien une équipe pour porter ce projet glorieux. Le rôle des Myosotis n’est pas de pousser tel ou tel individu, mais de se porter garant de la réalité du changement qui en résultera. C’est le système actuel dans sa totalité qu’il convient de changer et nous veillerons à ce que l’on n’aboutisse pas à un changement d’équipe tout en prolongeant le système actuellement en vigueur.
L’ouverture historique pour une refondation en profondeur existe donc. Chaque Frère doit maintenant s’interroger sur sa responsabilité personnelle dans la suite des évènements. Car c’est de vos prises de position et de vos actes que dépend désormais le futur de notre Obédience.
Ne vous manifestez pas mes Frères, conservez, pour ceux que cela concerne, vos responsabilités provinciales, cautionnez le système actuel par votre silence ou votre indifférence, et vous accepterez implicitement que l’avenir se décide en-dehors de vous, et peut-être même que rien ne change. Car si la statue du Commandeur est bien ébranlée, elle tient hélas encore debout.
Monsieur Stifani, dans sa logorrhée délirante et vulgaire, a pour une fois touché juste dans sa lettre aux GGMMPP, « il s'agit bien au fond d'une confrontation entre des visions différentes de la Maçonnerie de tradition ».
Devant cet enjeu, aucun de vous ne peut rester neutre, au risque de voir le pire se produire.
Et vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.
Fraternellement
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