Du tour des problèmes au tour de table

Du tour des problèmes au tour de table

La crise que connaît la GLNF s’inscrit dans le contexte que connaît la société.

Révolution technologique et révolutions

A la fin du siècle dernier a débuté la révolution numérique qui a permis à chacun et partout, d’accéder à presque toutes les informations.

Cette révolution technologique s’est transformée en révolution tout court car elle conduit à un changement de société.

Les pouvoirs assuraient leur prédominance par la détention et la répartition maîtrisée du Savoir. La technologie a donné à chacun la conscience ou l’illusion de détenir tous les savoirs. Chacun pense être le seul “Juge” du Monde qu’il convoque sur son écran. Les réseaux deviennent chambres d’accusation, prétoires, salles de délibérations, salles de commandement, théâtres de conflits. L’index impérieux pointé sur une souris transforme chacun, à tort et à raison, tour à tour en consommateur, journaliste, juge, avocat, chef de guerre et combattant. L’anonymat exacerbe et fige certaines paroles qui auraient été amendées ou regrettées, à peine prononcées, en d’autres lieux.
Des libertés nouvelles sont nées, qui seront probablement suivies par une nouvelle dictature, celle de l’aspiration à la transparence que les peuples apprendront à réguler.
La gouvernance des nations, des associations et des entreprises ne peut pas être la même qu’avant. Les dirigeants ne peuvent plus entraîner, par l'esbroufe, la force et l’injustice, les peuples là où ils ne veulent pas aller.

Le peuple veut bien voir, bien comprendre et bien agir. Les valeurs maçonniques ont vaincu le monde profane, en le faisant progresser. La Franc-maçonnerie risque de sortir vaincue du combat, en s’étant laissée épouser par les ténèbres qu’elle a conquises.
La Maçonnerie doit maintenant se remettre en question. Elle doit probablement conquérir ou reconquérir de nouveaux terrains éthiques ou le territoire de la Solidarité qu’elle a progressivement abandonné à la société civile, qui a aussi à son tour, oublié cette mission régalienne.


Secret ne veut pas dire opacité

La maçonnerie opérative était une fraternité qui transmettait le Savoir des secrets de métiers.
La Franc-maçonnerie assure la transmission de la Connaissance en en préservant les Secrets. Certains ont confondu Connaissance et Savoir. Nos derniers chefs ont cru qu’ils pouvaient mélanger Secret maçonnique et opacité de la gouvernance.
Pendant la dernière crise financière, l’un d’entre eux, particulièrement maladroit, a cru qu’il pouvait continuer de briller par des interventions publiques tonitruantes et des frais de représentation dispendieux, tout en menant une gestion opaque. Alors que des Frères souffraient jusque là en silence, l’apprenti dictateur a créé un mélange détonnant quand il a, en plus exclu des frères pour délit d’opinion alors qu’ils tentaient juste de lui indiquer ses erreurs, puis adopté des mesures disciplinaires collectives, à la fois injustes et abusives, interdites en tous lieux par la Loi. Il a entraîné dans sa chute ceux qui l’ont soutenu comme une meute, qui n’a pas senti, pas vu, pas compris que la fraternité, branche à laquelle ils étaient suspendus, était sciée par leur barbarie et leur aveuglement collectif.



L’évolution de la notion d’autorité

La notion d’autorité basée sur la force physique a laissé la place à une autorité du Savoir.
L’autorité du Savoir a laissé la place à l’autorité de la Connaissance.
Les formes de management ont évolué. Elles ne cesseront de le faire. L’évolution des conceptions profanes touche indirectement notre Maçonnerie. Un mauvais chef dehors donnera probablement un chef perçu comme mauvais dedans.


La tête de l’Obédience, malade, est constituée de l’ensemble des instances de direction qui ont commis des exactions contre la fraternité. Cette direction doit être remplacée.
Des dirigeants, isolés ensemble, séparés des frères de base, se remettent en selle pour la reconquête du pouvoir.

Il ne leur vient même pas à l’idée de demander pardon aux frères de l’état dans lequel ils ont mis l’Obédience, tant en interne qu’au niveau international.
Il ne leur vient même pas à l’idée qu’ils ne peuvent plus porter de responsabilités et que les frères ne souhaitent plus les voir aux affaires. Ils sont dans le déni le plus absolu et n’imaginent pas qu’on les voit. Ce faisant, alors qu’ils démontrent l’aspect structurel du problème, ils ne promettent que des ajustements de surface.

Il ne leur vient pas à l’idée qu’ils pourraient se mettre quelques temps sur le côté pour laisser les autres éponger les effets de leur incontinence. Pire, dans leur incurie, ils ne rêvent que d'éloigner ceux dont l’image permettrait de corriger les problèmes.
Ils ne perçoivent pas que l'apaisement passera par leur éloignement à eux.

Assumer sa responsabilité c’est assumer les conséquences de ses actes. Les conséquences doivent être la démission des fonctions, pas une tentative de réparation bidouillée.


Opportunité pour un renouveau de la Franc-maçonnerie régulière
La Franc-maçonnerie régulière se cherche. Dans son Discours d’ouverture, le Secrétaire Exécutif Thomas Jackson, lors de la XIème conférence Mondiale des Grandes Loges Maçonniques se désole et s’inquiète de l’expansion de la Franc-maçonnerie irrégulière. Il désigne la responsabilité des réseaux et des Juridictions.
La prise en compte réaliste des réseaux comme une donnée n’est-elle pas nécessaire ?
La recherche d’un accord respectueux entre les Grandes Loges et les Juridictions n’est elle pas meilleure que la recherche d’opposition en vue de nouvelles divisions ou de tentatives d’annexions ?


Les Grands Maîtres des Grandes Loges voisines sont inquiets du précédent de la révolte Française et tentés de fermer les écoutilles pour éviter la contamination.
Alors que la société est plus que jamais refermée sur les individualismes et les rapports de force, les mêmes mécanismes sont adoptés à tous les niveaux, alors que la solidarité est appelée du plus profond de chacun.


La GLNF est déjà à l’initiative d’une dizaine de schismes d’obédiences non reconnues.
Un nouveau schisme serait vu d’un œil favorable par certains auteurs d’injustices ou velléitaires de nouveaux pouvoirs.


Toutes les conditions sont réunies pour un nouvel affaiblissement de la Maçonnerie régulière et reconnue. N’est-il pas indispensable que chacun tire l’ensemble vers le haut plutôt que vers le bas ?


La Franc-maçonnerie Initiatique Traditionnelle est à une croisée de chemins

Ne doit-elle pas se recentrer sur ses valeurs de fraternité ?
Ne doit-elle pas se recentrer sur ses valeurs de solidarité ?
Ne doit-elle pas tirer ses membres vers le haut ?

Ne doit-elle pas mettre en accord ses idéaux et ses actes ?
Ne doit-elle pas repenser sa gouvernance ?
Ne détient-elle pas dans ses enseignements toutes les clefs pour se sortir de la mauvaise passe dans laquelle elle s’est laissé entraîner.

La réponse collective à ces questions sera irrévocable pour chacun et pour l’ensemble.
Si la réponse à une de ces questions est non, les Frères partiront déçus mais sans regrets car ils chercheront ailleurs les réponses à leurs aspirations profondes de Justice et la Franc-maçonnerie aura fait son temps.
Si la réponse est oui, les Frères s’uniront pour amener cette Maçonnerie qu’ils seront en état d’aimer de nouveau, dans le 3eme millénaire qui aura failli lui être fatal.


Si la solidarité avait existé, la crise de l’obédience n’aurait pas existé. La crise financière a démontré la cruauté de son absence à tous les niveaux de l’institution. La Franc-maçonnerie doit réinventer le lien qui n’aurait jamais du cesser d’unir ses membres.

La Franc-maçonnerie contient en elle, dans ses enseignements, tous les atouts pour arriver à dépasser la crise et en sortir renforcée. Les solutions ne sont pas dans la tête d’un seul. L’humilité de ceux qui proposeront leurs services de chef se détectera dans le fait qu’ils éviteront de proclamer les solutions avant qu’elles n’aient émergé autour des tables qu’ils appellent en même temps de leurs vœux.

La Franc-maçonnerie doit redéfinir sa gouvernance autour d’une table par un dialogue à la hauteur des enjeux, le respect et l’écoute. Cette table n’appartient à personne en particulier car elle appartient à tous.

La Maçonnerie devra probablement remettre en question certaines de ses habitudes.

S’ils ne veulent pas voir les problèmes se perpétuer en se retournant contre eux, ses nouveaux chefs devront profondément changer leur façon de penser, de parler, de s’organiser et d’agir.



Charles a dit