Perte de sens

Mes Frères,

 

Notre Frère Charles continue à nous faire partager ses réflexions sur notre obédience. Cette réflexion est la suite de celle intitulée « Loge, Grande Loge, Obédience, Ordre » publiée dans notre article "Le sens des mots et la place des choses". Il fait partie d'une série d'articles de diagnostic des problèmes qui touchent la GLNF et qui ont conduit notre obédience, à laquelle nous tenons tant, au bout de toutes ses logiques autodestructrices.

 

Fraternellement,

 

 

Perte du Sens : l’échec provisoire de la Spiritualité, la victoire apparente des apparences…

La GLNF connaît une crise morale qui est liée à la perte du Sens profond qui la fonde.
Elle a oublié sa lente mission de transmission initiatique et y a substitué une transmission accélérée de fausses valeurs.

 

Une politique du nombre au dessus d’une politique de la qualité :
Depuis des années, nous voyons « descendre » dans nos loges, telles les feuilles d’automne, des représentants Provinciaux nous serinant la nécessité de tenir des « objectifs » de quotas de recrutement.
Jamais nous n’avons entendu un responsable s’intéresser aux raisons du départ d’un frère.
Jamais nous ne les  avons vus s’intéresser au nouvel arrivant et lui demander si son «intégration» se passait bien.
Jamais nous ne les avons vus s’intéresser à nos travaux de table, dont certains étaient pourtant “audiblement” de nature à les instruire.
Nous n’avons jamais vu passer que des hommes inconsciemment en fuite en avant car une machine folle s’est mise en route, que personne n’a été en mesure de réguler.
 
Le phénomène a démarré lorsque la GLNF a demandé à chaque frère, au nom de la solidarité Maçonnique, de mettre la main au portefeuille pour en sortir 600 Francs afin de payer des meubles qui n’avaient, soi disant, pas été provisionnés pour aménager le siège de la rue Christine de Pisan.
Un œil ouvert, nous avons payé, mais depuis ce jour là, le refrain n’a jamais arrêté : un appel à toujours plus de ressources s’est enclenché… mais nous avions un Temple… fait de marbres … dans lequel nombre de nous ne s’est jamais senti ni très à l’aise ni réellement chez soi.
 
Cette politique de nombre était probablement sous-tendue par plusieurs logiques :

Une inspiration d’entreprise profane : une entreprise ne prospère que par croissance, donc une obédience ne peut prospérer que par croissance. L'idée que la stabilité des effectifs pouvait être nécessaire à certains moments a t-elle été seulement envisagée ? Une consolidation des effectifs et de leurs acquis a t-elle été imaginée ?

Une inspiration lucrative : peut être elle même inspirée par des velléités de croissance patrimoniale au profit collectif ou personnel, la justice le dira.

- Une inspiration égotique : on peut imaginer que certains chefs aient désiré faire passer notre obédience au premier rang Français. Être le chef de la première obédience porte probablement mieux et plus fier que de la deuxième !!!

Un mauvais goût immodéré de certains pour le pompeux-pompier et le style «nouveau riche» qu’il faut bien que la collectivité finance.

 
En tout état de cause, les métaux ont dominé les majeures des raisonnements et des choix.


Le dogme du nombre est destructeur.
Des frères recrutés hâtivement et sans soin, sont souvent mal formés.
En 2 ans (1 an apprenti, 1 an compagnon), chacun est investi du pouvoir de recruter quelqu’un d’autre, hâtivement et sans soin… à son image, pour probablement, à son tour, mal le former.
Les effectifs recrutés par certains de ces inconscients deviennent  comme des marques de victoires peintes sur des avions de chasse. Le nombre de marques permet alors d’ouvrir et de nourrir des Loges fragiles dont une des vocations est de propulser le «sergent recruteur» Vénérable Maître.
Son vénéralat terminé, l’étoile filante est ensuite souvent propulsée Officier Provincial puis National pour « bons et loyaux services ». Il devient alors un donneur de leçons de ce qu’il sait faire, dominateur, pontifiant et méprisant s’il ne disparaît pas dans la stratosphère, frustré par une promotion honorifique refusée.
En quelques années, le système s’est transmis selon cette logique, qui s’est auto promue «traditionnelle, immémoriale …ordinale», en 3 ou 4 “générations” soit 6 à 8 ans…

Cette logique est vulgaire par sa médiocrité, implacable par son accélération exponentielle et mortifère.
Elle est le «point d’entrée» du problème global.



Une mise au second plan de la spiritualité :

Le mauvais exemple vient d’en haut.
J’ai vu un jour un officier provincial ouvrir une porte et la maintenir ouverte d’un coup de botte “santiag” pour entrer dans le Temple.
J’ai vu un officier provincial nous parler pendant 20 mn de la nécessité de faire des planches courtes... alors que sur le fond nous étions tous d’accord avec lui !!!
J’ai vu un Officier provincial s’en prendre violemment à un apprenti qui le regardait un peu fixement.
J’ai vu un officier provincial marcher sinistrorsum dans la Loge pendant qu’il nous expliquait les bienfaits de l’Arche.
J’ai vu un Grand Secrétaire National entrer et sortir deux fois d’une Loge dont les travaux étaient ouverts, sans maître des cérémonies... en téléphonant.
J’ai vu un Grand Maître se présenter avec autour du cou autre chose qu’une cravate noire.
Je ne résiste pas à la narration de cet ex Grand Maître qui ne savait pas quels symboles figuraient sur les tabliers...
On ne peut pas dire que l’égo se soit estompé, que la fraternité soit réelle, que la culture générale soit valorisée, que le respect des rituels soit la norme.
La prime semble plutôt donnée à l’inverse des critères qui semblent normalement attendus.


Un glissement des pratiques :
Certains se permettent de critiquer ce qui n’est pas leur rite.
Tous les rites ont leurs qualités propres, mais tous rencontrent actuellement des problèmes.

C’est vrai, certains officiers de Loges, dont le rite ont des vertus qui proviennent d’un apprentissage par coeur, lisent maintenant leur rituel.
C’est vrai, certains autres frères, dans des rites dont les vertus proviennent de la maîtrise d’une production écrite et orale, achètent des planches à 5 euros sur internet ou se contentent de faire des copier-coller de wikipedia puis s’écoutent parler.
Le goût pour la lecture et la compréhension des apports de nos prédécesseurs s’estompe.
Le goût pour la recherche en soi s’efface pour le goût des apparences... à l’image du cadre général profane et maçonnique qui leur est proposé. Le goût de l’effort disparaît.

Nous produisions “des nains perchés sur des épaules de géants”.
Nous produisons de plus en plus … des nains tout court.
J’exprime tout mon respect pour les personnes de petite taille …physique.


Le temps donné est un investissement immatériel :
Un apprenti, puis un compagnon, puis un maître requièrent énormément de temps et d’attention de la part de toute une équipe.
Des dialogues en profondeur doivent trouver naturellement leur place.
Le plus grand cadeau que comporte la transmission initiatique est la disponibilité que l’on donne à l’autre pour que celui ci identifie SA liberté.
Le problème s’est accru par l’accélération du nombre qui accroît le phénomène de « tirage vers le bas » comme une norme.
Cet investissement immatériel n’ayant aucune valeur marchande pour eux, les anciens responsables ont suspendu à tour de bras et dégoûté des frères qui sont partis en masse.



Un «oubli» de la solidarité et donc de la Fraternité :

La Loge s’est fait déposséder de ses comptes, dont celui de l’hospitalier.
Puis une nouvelle règle du jeu est apparue : le compte de l’hospitalier doit être utilisé, autrement il va être vidé à telle date.

La pire des aberrations des logiques de comptabilité publique a été appliquée à la solidarité maçonnique : «grillez vite votre budget d’hospitalier autrement vous allez le perdre».
Qu’est il advenu de notre fraternité ?
C’est probablement là la pire HONTE, le pire DÉVOIEMENT qui ait été inventé par les dernières équipes profanes au pouvoir.

Les Loges qui avaient de petites réserves n’ont plus été en mesure d’aider un frère dans la difficulté. Elles ont été obligées de quémander au niveau provincial ou national.
J’ai personnellement procédé à deux requêtes pour des frères, toutes les deux sont restées lettres mortes.

Dans cet environnement brutal et dénaturé, une fraternité de façade s’est mise en place à beaucoup d’endroits.
Dans certaines Loges, les Frères sont incapables de mettre un nom sur un visage ou un visage sur un nom.
Ceux qui rencontrent des difficultés, qui ont toujours eu du mal à l’exprimer, même auprès de leur frère Hospitalier, se sont mis à ne plus venir.

Certaines Loges ont su préserver l’esprit de Fraternité. La GLNF y présente alors, et c’est le meilleur des cas une dissonance périlleuse et destructrice : à l’avers une face réellement  fraternelle, la tête de l’obédience présente l'autre face hideuse qui fait main basse dans le tronc de l’hospitalier tout en faisant des dépenses somptuaires de représentation.

Les derniers mois ont vu des hommes se croiser dans les couloirs ne se saluant plus, ne sachant pas de quel bord l’autre se trouve.
La fraternité n’existant plus, alors qu’elle aurait du être le ciment qui permet de faire dépasser les clivages, ceux-ci ont trouvé toute leur expression parfois même de l’animosité.


Une quête d’apparences s’est substituée à la quête de la Vérité et toutes les valeurs se sont inversées. Le retournement de cette situation aura un prix.
Dans ce monde d’images, l’image globale des anciennes équipes est gravement altérée, même si certains ne sont pour rien dans cette situation.
Le mieux sera que l'ensemble des anciens dirigeants, nationaux et provinciaux, comprennent qu’ils devront céder bientôt, par eux mêmes, la place qu'ils croient encore occuper, pour que des frères, sereinement choisis par leurs Loges, remettent de l’ordre dans cette situation en mettant en œuvre le Livre Blanc pour la refondation de la GLNF.


Charles, un frère qui souhaite que le compas puisse enfin être reposé sur l’équerre.